Le vent tournait au nord depuis trois jours, et Sébal avait appris, en douze hivers de relevés, que le nord n'apportait jamais de bonnes nouvelles. Il posa sa lanterne sur la margelle du puits et souffla dans ses mains. La corde était raide de gel.
Il descendit le seau. Vingt-deux brasses, comme toujours. Le clapotis remonta plus sourd que la veille — un demi-pouce de moins, peut-être un pouce. Il nota le chiffre sur sa tablette de cire, à côté de la date, et resta un moment à regarder le trou noir sous ses pieds.
Le puits de Vaunes alimentait quatre cents personnes. Quand son niveau baissait d'un pouce, on parlait de sécheresse. Quand il baissait de trois, on parlait de partir.
Son père lui avait enseigné le métier à onze ans, avec une phrase qu'il n'avait jamais oubliée : « Tu ne mesures pas l'eau. Tu mesures le temps qu'il nous reste. » À l'époque, Sébal avait trouvé la formule grandiloquente. Il avait mis dix ans à comprendre qu'elle était simplement exacte.
Il remonta le seau vide, le reposa, et fit le tour de la place. Les cendres du feu de la Saint-Ombre étaient encore là, tassées par la pluie, dessinant un cercle gris au milieu des pavés. Personne ne les avait balayées. C'était son travail, aussi, mais il ne l'avait pas fait, et il savait pourquoi : tant que les cendres restaient, la fête restait, et tant que la fête restait, on pouvait croire que l'hiver serait comme les autres.
Il s'accroupit et passa la main dans le cercle. La cendre était froide et fine, elle collait à la peau. En dessous, la pierre avait gardé une trace claire, une brûlure pâle que la pluie mettrait des années à effacer.
— Tu vas rester là longtemps ?
Mira se tenait au coin de la halle, un panier sous le bras. Elle avait mis son manteau des jours froids, celui qui avait appartenu à leur mère, et qui lui tombait encore trop bas sur les chevilles.
— Je relevais, dit Sébal.
— Tu relevais il y a une heure.
Il se releva et essuya ses doigts sur sa cuisse. Elle avait raison, évidemment. Elle avait presque toujours raison, ce qui était l'un des aspects les plus fatigants de sa présence.
— Combien ? demanda-t-elle.
— Un pouce.
Elle ne dit rien. Elle changea le panier de bras et regarda le puits, puis les cendres, puis lui.
— Tu vas le dire au conseil ?
— Je dis toujours au conseil.
— Tu leur dis les chiffres. Ce n'est pas pareil.
Sébal ramassa sa lanterne. Le jour se levait derrière la halle, gris et sans chaleur, la lumière de janvier qui éclaire sans réchauffer. Sur les toits, le gel dessinait des plaques irrégulières là où la chaleur des foyers avait percé pendant la nuit. Trois cheminées fumaient. Il y en avait eu dix-sept avant la Saint-Ombre.
— Ils partent déjà, dit-il.
— Les Rethel sont partis mardi. Les Ancelin, hier. — Mira haussa les épaules. — Ceux qui ont de la famille ailleurs n'attendent pas qu'on les autorise.
Le conseil siégeait dans l'arrière-salle de la halle, autour d'une table qui avait été une porte, et avant cela un bateau, si l'on en croyait les vieux. Sept personnes, sept tabourets, une lampe à huile au centre parce que les fenêtres donnaient au nord et ne servaient à rien.
Sébal posa sa tablette de cire devant Ostane, qui la prit sans la regarder. Ostane avait soixante-deux ans et dirigeait le conseil depuis dix-neuf, ce qui, à Vaunes, faisait d'elle moins une élue qu'une donnée du paysage.
— Un pouce, dit-il.
— Depuis quand ?
— Depuis la Saint-Ombre. Trois semaines.
Ostane fit glisser la tablette vers le milieu de la table. Personne ne se pencha pour lire.
— Ça remonte toujours en fin d'hiver, dit le vieux Perrin, qui tenait la forge basse et n'avait jamais relevé un puits de sa vie.
— Ça remonte quand il neige, dit Sébal. Il n'a pas neigé.
— Il neigera.
— Peut-être. Mais si je devais parier ma part de grain là-dessus, je ne le ferais pas. Et vous non plus.
Le silence qui suivit avait une texture particulière, que Sébal connaissait bien : celui des gens qui ont entendu et qui vont décider de ne pas avoir entendu. Il attendit. Il avait appris à attendre — c'était l'autre moitié de son métier.
— Admettons, dit enfin Ostane. Admettons que tu aies raison. Qu'est-ce que tu proposes ?
C'était la question qu'il redoutait, parce qu'il n'y avait qu'une seule réponse et qu'elle était insupportable.
— Qu'on parte. Maintenant, tant que les charrettes passent encore la route basse. Dans un mois les pluies l'auront défoncée et il faudra prendre la crête, avec les bêtes.
— Partir où ?
— Vers le sud. Il y a de l'eau au sud, il y en a toujours eu.
— « Il y en a toujours eu », répéta Perrin. Comme ici.
Sébal n'avait rien à répondre à cela. C'était juste, et c'était même le cœur du problème : il demandait à quatre cents personnes d'abandonner une certitude vieille de six générations pour une hypothèse.
— On relèvera encore dans quinze jours, dit Ostane.
— Dans quinze jours, il sera trop tard pour partir avant les pluies.
— Alors on ne partira pas.
Elle avait dit cela sans dureté, presque avec douceur, et c'est ce qui rendait la chose définitive. Sébal comprit qu'il n'y aurait pas d'autre discussion, pas ce jour-là, et probablement pas avant que quelque chose de visible arrive — quelque chose que personne ne puisse noter sur une tablette de cire et ranger dans un registre.
Il reprit sa tablette. La cire avait gardé l'empreinte du pouce d'Ostane, un demi-cercle net en travers du chiffre. Il la gratta du bout de l'ongle, sur le chemin du retour, jusqu'à ce que le nombre redevienne lisible.
Cette nuit-là il ne dormit pas, et vers trois heures il finit par se lever et par allumer une chandelle. Le registre était sur l'étagère, entre la boîte à sel et les outils de son père. Il le descendit et l'ouvrit sur la table.
Douze années de relevés. Deux mesures par semaine, quatre en été. Son écriture était devenue plus petite avec le temps, plus serrée, comme s'il avait appris à économiser le papier autant que l'eau.
Il remonta les pages jusqu'à l'hiver de ses vingt ans. Le niveau, cette année-là, était à dix-neuf brasses. Puis vingt. Puis vingt et une, l'année de la mort de son père, qu'il avait notée dans la marge d'un seul mot : père. Et maintenant vingt-deux, et le clapotis qui remontait chaque année un peu plus sourd, un peu plus tard.
Trois brasses en douze ans. Personne ne s'en apercevait, parce que personne ne le vivait comme lui : les autres buvaient l'eau, il la mesurait. Pour eux, le puits avait toujours donné. Pour lui, le puits mourait depuis douze ans, lentement, à la vitesse exacte d'une vie humaine — assez lentement pour qu'aucune génération n'ait à en porter la responsabilité.
Il referma le registre et resta longtemps devant, les mains à plat sur la couverture.
Il pensa qu'il pouvait attendre. Attendre les quinze jours, attendre le prochain relevé, attendre qu'Ostane voie de ses yeux ce qu'elle refusait d'entendre. Ce serait plus simple, et personne ne le lui reprocherait.
Puis il pensa aux quinze jours qu'il faudrait pour préparer le départ, et aux pluies qui viendraient trois semaines après, et il fit le calcul comme il faisait tous ses calculs, sans espoir de se tromper.
Au matin, il alla frapper chez Havrel.
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